03/2009
Le thème de la gouvernance des systèmes d’information est aujourd’hui omniprésent dans les entreprises. Mais que se cache-t-il derrière ce concept flatteur ? Les entreprises ont initié ce type de démarche depuis le début des années 2000 lorsque les fonctions informatiques ont vu leur statut passer de simple soutien logistique à celui de facteur stratégique de développement. Durant les années 1990, le directeur informatique s’investit dans la compréhension des activités de l’entreprise. Son rôle prend de l’ampleur notamment comme partenaire voire « patron » de la maîtrise d’ouvrage, il porte le besoin, formalise l’objectif, établit le calendrier et le budget nécessaires aux projets tout en anticipant les évolutions imposées par la stratégie d’entreprise. Cette gouvernance des systèmes d’information est-elle un véritable projet d’entreprise ou une nouvelle mode passagère ?
De la définition au concept de gouvernance... Le terme « Gouvernance » désigne la capacité d’une organisation à contrôler et réguler son propre fonctionnement afin d’éviter les conflits d’intérêts liés à la séparation entre les ayant-droits (actionnaires) et les acteurs. Par extension, la « Gouvernance des Systèmes d’Information » ou « Gouvernance informatique » renvoie aux moyens de gestion et de régulation des Systèmes d’Information mis en place dans une entreprise pour atteindre ses objectifs. La notion de gouvernance est issue du contrôle des risques mis en place dans les entreprises cotées et celles du secteur financier, en conformité avec les obligations réglementaires de Sarbanes-Oxley, Solvency 2, Bâle 2, ... L’informatique, acteur majeur de l’activité de l’entreprise, a alors progressivement fait son apparition dans les comités de direction d’où la naissance du terme « Gouvernance des SI ». La DSI est désormais amenée à rationaliser et optimiser le management des SI en s’alignant sur les objectifs stratégiques et financiers de l’organisation. Les apports de la gouvernance des SI à l’entreprise En mettant en place la gouvernance des SI, les DSI vont pouvoir anticiper les innombrables modifications, qu’elles soient d’origine interne (nouveaux processus de travail) ou imposées par l’extérieur (évolutions techniques ou réglementaires) et ainsi permettre à l’entreprise de diriger la fonction système d’information, dans le principal but de soutenir ses objectifs de création de valeur, dans un cadre rationnel et sous contrainte budgétaire forte. AXA France, a par exemple pris la décision de concrétiser l’expression de création de valeur à travers la gouvernance des SI en déployant des pratiques telles que le CMMI, AXAWay qui ont consisté à généraliser la méthode Six Sigma, du Knowledge Management et du benchmarking. Le projet aurait permis la baisse des coûts moyens de tous les sinistres, l’accroissement des ventes par agent et la fidélisation des clients due à la qualité du service rendu. La gouvernance des SI, un projet au sein de l’entreprise? Cette gouvernance a vocation à s’appliquer tout au long de la vie de l’entreprise, via la mise en place de bonnes pratiques et d’un pilotage renforcé. La gouvernance des SI est l’affaire de tous. L’implication des instances dirigeantes est indispensable à l’instauration de la gouvernance. Elles décident de la stratégie globale et délèguent sa mise en œuvre auprès des différents services. Ces tâches feront appel à des compétences et à des méthodes permettant de définir un plan de développement cohérent en phase avec la stratégie, les métiers, les processus, etc. Entre ces principes et une mise en œuvre réussie, la réalité impose souvent sa complexité. A mi-chemin entre la sphère publique et la sphère privée, le projet « Usine Retraite » qui vise à doter les Caisses de retraite d’un SI cible unique, se heurte par exemple à des difficultés dues à l’interpénétration des activités (Retraite d’une part, « concurrentielles » en Prévoyance et Santé, de l’autre) et au souci légitime des fédérations Agirc-Arrco que « l’argent de la retraite » finance la retraite et elle-seule. Dans le même ordre d’idées, le programme CHORUS, dont l’objectif louable est de doter l’Etat d’un seul outil unique de comptabilité publique, est confronté à tellement de spécificités locales (sans doute réelles) qu’il voit depuis plusieurs années son budget et ses délais largement dépassés, et son périmètre tout aussi largement réduit. La mise en place d’une gouvernance dépasse largement le phénomène de mode. Elle est actuellement une nécessité. La crédibilité des DSI et des instances dirigeantes, du fait de la transparence qu’elle engendre, en dépend. C’est un moyen incontournable de juger de la pertinence des décisions et des actions des DSI, et de contribuer à sortir l’informatique de son opacité légendaire. Pourquoi doit-on considérer cette démarche comme un projet continu ? Parce qu’il faut du temps pour mettre en place une gouvernance des SI, et travailler dans une optique d’amélioration continue n’est pas nécessairement dans les usages de tous les collaborateurs. Une phase de conduite du changement importante est à prévoir. Si le mot organisation est essentiel dès lors que l’on parle de gouvernance, il en est un autre qui prend toute son importance dans cet environnement, c’est la « communication », vis-à-vis des utilisateurs et des membres de la direction générale. La gouvernance reste cependant un concept complexe pour des DSI qui ont à faire face à des bouleversements de leurs univers et à des injonctions souvent contradictoires. «La gouvernance du SI se compose de la gouvernance des opérations qui a pour objectif un système d’information performant, mais aussi de la gouvernance de l’évolution qui vise à construire un SI aligné et agile. La gouvernance de l’évolution vise à fédérer l’urbanisation du SI et la maîtrise des investissements. Pour ce faire, quatre dimensions sont mises en relation : le plan d’urbanisme, le schéma directeur, la gestion de portefeuille et la gestion de programmes. Elle permet également une compréhension originale des rôles des acteurs, maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre. Elle propose enfin une vision rénovée du Schéma Directeur des Systèmes d’Information (SDSI), qui constitue la mise en œuvre pratique d’une réelle gouvernance de l’évolution du SI.» (Source : « La gouvernance de l’évolution des SI », B. LE ROUX, J. PAUMIER.) Le concept de gouvernance d’entreprise a pris une nouvelle dimension depuis les différentes évolutions législatives et réglementaires (Contrôle fiscal des comptabilités informatisées, Loi Sarbanes-Oxley, Loi sur les nouvelles régulations économiques, loi sur la sécurité financière, Bâle II, Solvency II, ...). La régulation et le contrôle réglementaire sur les entreprises cotées ont été considérablement renforcés pour améliorer la transparence de l’information, notamment financière, ce qui a un effet fortement structurant sur l’organisation de l’entreprise pour que celle-ci soit en mesure d’y répondre. Les objectifs d’une gouvernance des SI en 4 points clés > Accroître la performance des processus du système d’information et leur orientation clients. > Maîtriser les aspects financiers du système d’information. > Développer des solutions et des compétences en système d’information dont l’entreprise aura besoin dans le futur (urbanisation du système d’information). > S’assurer que les risques liés au système d’information soient gérés tout en développant la transparence. Gouvernance des SI et référentiels de bonnes pratiques Dans certains cas, la gouvernance des SI est assimilée à tort aux référentiels de bonnes pratiques informatiques : COBIT, ITIL, CMMI. Ils donnent une vision interne à l’entreprise, participent à sa bonne gestion et visent le contrôle. La gouvernance quant à elle a une orientation principalement externe à l’entreprise : elle permet de prévenir les risques externes (concurrence, ...) mais aussi de faciliter les évolutions stratégiques, et vise ainsi la maîtrise de l’activité. Matérialisée par ces méthodes, la gouvernance des SI peut être définie comme l’ensemble des règles, des processus et des comportements qui concourent à faire que les technologies de l’information soient utilisées d’abord en cohérence avec les métiers de l’entreprise puis en cohérence avec les dispositions réglementaires. Au vu de son importance dans la mise en œuvre de la stratégie, la gouvernance peut être considérée comme un levier de professionnalisation de tous les acteurs du SI, informaticiens ou non. Commentum numéro 4 - Euroland Consulting Retour au theme Gouvernance des SI
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