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Entretien avec Philippe Laurent
06/2010

Vice-Président de l’Association des Maires de France, Maire de Sceaux, Conseiller général des Hauts-de-Seine. Il est auteur de plusieurs ouvrages chez Lextenso (LGDJ) dont le plus récent : « Décentralisation : en finir avec les idées reçues ! »

Que pensez-vous du rôle dévolu au préfet dans la réforme en cours s’agissant de redessiner la carte territoriale en réalisant des regroupements de communes et/ou de communautés ?

Dans l’état actuel du texte, ce rôle est trop important et je ne suis d’ailleurs pas certain que les préfets eux-mêmes soient très heureux de se voir ainsi désignés comme ceux qui devront, en dernier ressort, obliger les communes isolées et souhaitant le rester à rejoindre une communauté. Pour ma part, j’estime que l’enjeu (la finalisation de la carte intercommunale) ne vaut pas la peine de renoncer au principe de base du volontariat de la coopération intercommunale. Les communautés procèdent des communes et ne doivent pas devenir des collectivités à part entière. C’est du reste la position constante de l’Association des maires de France.

 

Entre regroupement volontaire et regroupement forcé, comment organiser la coopération ? N’y a-t-il pas un risque d’observer la multiplication de communautés de guichet au lieu de communautés de projet ?

C’est malheureusement déjà le cas, notamment en Ile-de-France. Je suis opposé à une approche « arithmétique » de l’intercommunalité, lui préférant une approche qualitative. Tout doit partir de la volonté des élus (et de leurs concitoyens), pas d’une construction théorique échafaudée au niveau central et préfectoral. La vraie coopération intercommunale de projet se construit dans la durée, à partir d’une réflexion approfondie des acteurs locaux sur l’avenir qu’ils souhaitent pour leur territoire.

 

Quelle est votre vision de la carte intercommunale à l’horizon 2050 ?

C’est d’abord une carte intercommunale qui sera organisée de manière  différente en Ile-de-France et sur le reste du territoire. En Ile-de-France, l’approche de la métropole parisienne supposera sans doute la disparition des départements de petite couronne

et la création d’une intercommunalité à deux niveaux : dix à quinze territoires

homogènes fédérés dans une communauté métropolitaine. Sur le reste du territoire, il subsistera peut-être des communes isolées et qui auront choisi de le rester, pour différentes raisons. Pour autant, ces communes en paieront sans doute le prix, car les futurs mécanismes de péréquation devraient essentiellement concerner les communautés. Encore une fois, le volontariat et la liberté de choix des communes

doivent l’emporter sur toute approche quantitative, porteuse de conflits et de blocage.               



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